Première visite de Zelensky dans l'Est de l'Ukraine

Le président ukrainien s'est rendu dimanche, pour la première fois depuis l'invasion, dans l'Est, où les forces russes resserrent leur étau.

Des enfants célèbrent dimanche à Kiev l'anniversaire de la fondation de la ville. © KEYSTONE/AP/Natacha Pisarenko
Des enfants célèbrent dimanche à Kiev l'anniversaire de la fondation de la ville. © KEYSTONE/AP/Natacha Pisarenko
Des enfants célèbrent dimanche à Kiev l'anniversaire de la fondation de la ville. © KEYSTONE/AP/Natacha Pisarenko
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Sur des images diffusées sur internet par la présidence ukrainienne, on peut voir le président Zelensky, en gilet pare-balles et entouré de soldats en armes, visiter les décombres de bâtiments détruits à Kharkiv (nord-est), deuxième ville du pays, et ses environs.

"Deux mille deux cent vingt-neuf maisons détruites à Kharkiv et dans la région. Nous restaurerons, reconstruirons et ferons revenir la vie. A Kharkiv et dans toutes les autres villes et villages où le mal est venu", a-t-il déclaré sur Telegram.

"Dans cette guerre, les occupants tentent d'obtenir un résultat quel qu'il soit. Mais ils doivent comprendre depuis longtemps que nous défendrons notre terre jusqu'au bout. Ils n'ont aucune chance", a encore indiqué M. Zelensky.

Pendant ce temps, les forces russes, qui se sont repliées de la région de Kharkiv et ont été redéployées vers le Sud, ont progressé en direction des villes clefs de Severodonetsk, pilonnée sans relâche, et Lyssytchansk, sa jumelle, dans le Donbass.

Fillette tuée par un obus

La situation à Lyssytchansk s'est "largement aggravée", a assuré dimanche sur Telegram Serguiï Gaïdaï, le gouverneur de la région de Lougansk, qui avec celle de Donetsk forme le Donbass.

"Un obus russe est tombé sur un immeuble d'habitation, une fille est morte sur place et quatre personnes ont été hospitalisées", a-t-il dit.

A Severodonetsk, "l'ennemi a mené des opérations d'assaut", selon un rapport de l'état-major de l'armée ukrainienne. Selon le gouverneur Gaïdaï, l'assaut se poursuit dans la ville avec des combats de rue.

Plus de trois mois après le début de la guerre lancée par Moscou le 24 février, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz ont demandé samedi au président russe Vladimir Poutine, lors d'un entretien téléphonique de 80 minutes, d'entamer des "négociations directes sérieuses" avec son homologue ukrainien.

M. Poutine a assuré de son côté que la Russie restait "ouverte à une reprise du dialogue" avec Kiev pour régler le conflit.

"Bombardements constants"

"La semaine prochaine sera très dure", a admis samedi le gouverneur Gaïdaï, en assurant toutefois que les forces russes ne seraient "pas en mesure de réussir tout ce qu'elles planifient dans un avenir proche".

Le maire de Severodonetsk, Olexander Stryuk a alerté sur l'aggravation de la situation sanitaire dans cette ville qui comptait 100'000 habitants avant la guerre. Les "bombardements constants" compliquent beaucoup l'approvisionnement - notamment en eau potable - de la cité, privée d'électricité depuis plus de deux semaines, a-t-il écrit samedi soir sur son compte Telegram.

Frappes ciblées

Dans un communiqué publié dimanche matin, le ministère russe de la Défense a déclaré que l'armée russe avait détruit "avec des missiles de haute précision de longue portée un important arsenal des forces armées ukrainiennes", dans la région de Dnipropetrovsk (sud-est).

Ces missiles ont également visé au cours des dernières 24 heures un système de défense antiaérienne ukrainien près de Mykolaïevka, dans la région de Donetsk, une station radar dans la région de Kharkiv, et cinq dépôts de munitions notamment près de Severodonetsk, selon le même communiqué.

A Soledar, près de la ligne de front, les habitants vivent dans la peur et la résignation. "Où puis-je m'enfuir? Ils tirent de partout, où que vous alliez", explique à l'AFP Valentyna, 69 ans.

Lyssytchansk et Severodonetsk, villes clefs de l'Est ukrainien situées de part et d'autre de la rivière Siversky Donets, sont menacées d'encerclement par les forces russes et les séparatistes prorusses, qui cherchent à établir un contrôle complet sur le bassin minier du Donbass.

Deux autres prises, selon Moscou

Le dirigeant de la république russe de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, a revendiqué quant à lui samedi soir sur Telegram que "Severodonetsk est sous notre contrôle total (...) La ville a été libérée".

Un peu plus à l'ouest, le ministère russe de la Défense a confirmé samedi la prise de contrôle de la localité clef de Lyman, qui ouvre la voie aux grandes villes de Sloviansk et Kramatorsk, dans le Donbass.

Le commandant des forces armées du District militaire central de Russie, le général Alexandre Lapine, a salué dimanche "le courage et l'héroïsme" des militaires russes ayant participé à la prise de Lyman.

Dimanche, l'armée ukrainienne a indiqué que le regroupement des forces russes "se renforce" dans ce secteur.

Le président Zelensky avait reconnu cette semaine que "la situation dans cette région du Donbass (était) très, très difficile", avec des frappes intensives d'artillerie et de missiles. Mais il avait estimé que "si les occupants pensent que Lyman et Severodonetsk seront les leurs, ils se trompent. Le Donbass sera ukrainien".

Contrer le déluge

Alors que l'Ukraine, grande puissance agricole, ne peut plus exporter ses céréales en raison du blocage de ses ports, Vladimir Poutine a assuré, lors de sa conversation avec ses pairs français et allemands, que son pays était "prêt" à aider une exportation "sans entraves" des céréales de l'Ukraine.

"La Russie est prête à aider à trouver des options pour une exportation sans entraves des céréales, y compris des céréales ukrainiennes en provenance des ports situés sur la mer Noire", selon un communiqué du Kremlin.

Pour M. Poutine, les difficultés liées aux livraisons alimentaires ont été provoquées par "une politique économique et financière erronée des pays occidentaux, ainsi que par les sanctions antirusses" imposées par ces pays.

A Bruxelles, une réunion de représentants de l'UE est prévue dimanche afin d'examiner une solution pour débloquer le 6e paquet de sanctions de l'UE contre la Russie, dont la mesure phare est un embargo pétrolier d'ici la fin de l'année.

Ces nouvelles sanctions sont pour l'instant bloquées par la Hongrie, pays enclavé sans accès à la mer et dépendant du pétrole acheminé de Russie par l'oléoduc Droujba, qui lui fournit 65% de sa consommation.

ATS
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